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Antoine Sabot-Durand

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J'ecoute les Cast Codeurs

Salesforce : la tête dans les nuages, les pieds trop sur terre

nuage

Deux événements important ont eu lieu la semaine dernière dans l’univers encore brumeux du cloud computing.

Si le premier est plus exposé médiatiquement, il n’en reste pas moins que l’actualité autour de Salesforce est à suivre de très prêt, car il y a fort à parier que cette société très innovante aujourd’hui partenaire de Google se rapproche un peu plus du géant dans un proche avenir. Mais ne brulons pas les étapes, comme je m’intéresse depuis quelques temps au cloud computing, j’ai pensé utile de faire un point sur les notions et acteurs de ce secteur.

Un peu de vocabulaire

Comme bien souvent en informatique on habille des vieux concepts avec de nouveaux noms. Ainsi, le “cloud computing” n’est pas vraiment une idée neuve. Au siècle dernier au parlait déjà d’applications en mode ASP (Application Service Provider) ou d’applications “on-demand”. Toutefois, le cloud computing introduit 3 concepts qu’il est intéressant de distinguer :

  • IaaS (Infrastructure as a Service) : mise à disposition d’hébergement évolutif, comme le propose aujourd’hui Gandi ou Amazon (ces derniers offrant aussi des sevices PaaS) ;
  • PaaS (Plateform as a Service) : un hébergement et une plate-forme de développement dotée de services spécifiques (base de données, paiement en ligne) permettant de développer sur la plate-forme en question.
  • SaaS (Software as a Service) : environnement applicatif complet dans le nuage. Analogue à ce qu’on pouvait appeler mode “ASP” dans une vie antérieur (mas ça fait moins sexy). L’environnement peut englober un service PaaS ou non. L’usage de l’application nécessite de payer un abonnement dont le montant peut être fonction du niveau de consommation que l’on a de l’application ou plus classiquement, d’un niveau fonctionnel.

Les acteurs

Le monde du SaaS regroupe aujourd’hui beaucoup d’acteurs. En France on peu citer des gens comme Trace One ou RunMyProcess. Dans les poids lourds on retrouve les gands éditeurs d’ERP comme Sap, Oracle ou Cegid. Mais les acteurs les plus intéressants, à mon sens, sont ceux capables de jouer sur les deux niveaux : SaaS + PaaS. Là, les trois grands acteurs sont aujourd’hui Google avec ses Google apps pour le SaaS et Google App Engine pour le PaaS, Microsoft avec son offre Azure et bien sûr SalesForce.

Je ne m’étendrais pas sur Microsoft dans ces colonnes, des gens bien plus intéressés et bien plus spécialistes le font très bien ailleurs. Concernant Google, leur approche originale basée jusqu’à présent sur le langage python pour le PaaS et sur Google Apps pour le SaaS prend de l’envergure en supportant désormais Java. Comme le Touilleur Express relate extrêmement bien la soirée de lancement de Google Apps Engine ici, je vais m’épargner quelques paragraphes. Il me reste à vous entretenir de Saleforce.

Salesforce : une offre innovante mais un plan tarifaire des années 90

Salesforce s’est imposé ces dernières années comme un acteur majeur du CRM en mode SaaS. L’évolution récente de sa plate-forme mérite vraiment que l’on s’y arrête. En effet, Salesforce est probablement le seul acteur avec une offre métier aussi forte ayant franchi le pas du SaaS pour aller vers le PaaS. Aujourd’hui Salesforce propose une réelle plateforme de développement basée sur un langage propriétaire dont la syntaxe est calquée sur Java : apex et d’un IDE basé sur Eclipse. Cette plateforme permet à des partenaires de développer des extensions au CRM et de les proposer dans un écosystème comparable  à l’Appstore d’Apple : l’Appexchange. Elle permet également de développer des applications indépendantes du CRM mais qui bénéficie de l’infrastructure de Salesforce pour s’exécuter. Bref, Salesforce joue une place à part dans l’univers des SaaS et empiète sur le territoire d’acteurs comme Google ou Amazon ayant une très forte expertise métier comme colonne vertébrale de son offre de service.

Ces innovations assez audacieuses rendent d’autant plus surprenant un système tarifaire des plus classiques qui rappel celui des logiciels vendus sur support physiques et donc figé  (dans la veine : “édition personnelle”, “édition PME”, “édtion Pro”).  Je passe sur les prix en euros plus chers qu’en dollars (3000 $ deviennent 3240 €) qui sont à mon sens plus propices à dégrader l’image et la confiance dans la marque qu’autre chose pour m’interroger sur l’impossibilité qu’une société comme celle-ci puisse imaginer des formules d’abonnements plus astucieuses et surtout plus souples, plus “on-demand”. Bref, une réelle sensation d’enfumage commercial et un boulevard pour la concurrence : ça tombe bien Microsoft fourbit ses armes.

Google et Salesforce ayant déjà opérés un certain nombre de partenariats, je ne pense pas prendre beaucoup de risque en pariant sur un futur rachat de l’un par l’autre (devinez dans quel sens) et la prochaine constitution d’une offre très attractive sur une plateforme SaaS et PaaS proposant CRM, bureautique et plus si affinité. On parie ?

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    Salut Antoine,

    Bien que n'ayant pas (encore ?) d'actions chez SFDC, il me semble utile d'apporter quelques précisions.

    OK sur la structuration vicieuse du catalogue, en marches d'escalier que tu te trouves in fine obligé de monter... cf. modules indispensables (par exemple le catalogue produit) qui sont soit des options chères... soit intégrées dans une version supérieure... elle-même aussi bien plus chère que le package attractif que le commercial t'avait présenté.

    OK pour le pricing peu en faveur des européens. On le déplore, comme on déplore de façon générale et non circonstanciée le fait que les acteurs américains innovants se contrefoutent systématiquement de l'adaptation de leur offre (sans parler de leur com !) aux européens...

    Cependant, je ne vois pas trop le rapport avec le fait de payer des licences "à la grand-papa". Et au contraire, sur ce point, je trouve les choses peut-être pas révolutionnaires, mais bien vues... suivant l'angle sous lequel on se place. En bon schizophrène, je ferai donc valoir que du point de vue du client, tu payes des licences tous les ans mais tu reçois 3 releases par an. Et en l'occurrence, je peux te dire pour en avoir expérimenté déjà 6 que ce sont de _vraies_ releases ! C'est-à-dire apportant leurs lots de nouveautés et de fonctionnalités à valeur ajoutée. Est-ce utile de préciser que ces nouveautés sont démocratiques puisque sont intégrées en priorité dans la roadmap ce que les utilisateurs eux-même proposent (et ce pour quoi la communauté vote) ? Juste pour info, voir ça ici : http://ideas.salesforce.com/
    Maintenant, en bon schizo, il me faut aussi accepter d'admirer la force de Benioff. Au grand dam des clients informatiques qui s'étaient habitués à conserver la même version de leur logiciel durant des années (cf. les efforts de Microsoft, d'ailleurs de plus en plus vains, pour faire passer ses clients d'une version à l'autre de Windows...), toute l'intelligence du modèle SaaS est dans le fait qu'il s'appuie sur le modèle des opérateurs telco : celui de la récurrence des revenus. C'est tout de même bien plus fun de générer du CA en continu que de devoir revendre des licences tous les x mois, non ? Donc non, désolé, mais s'il y a bien un truc malin (pas révolutionnaire, certes, mais juste bien vu), c'est d'avoir réussi à faire passer les clients à un abonnement récurrent.

    Enfin, tout à fait d'accord avec toi pour relever que Salesforce (et l'industrie informatique en général) avait besoin de renouveler le terme ASP (parce qu'il n'a pas convaincu à l'époque et qu'il faut donc changer le label si on veut éviter le blacklistage :) et celui de 'On-demand' (parce que top associé à Big Blue et ses lourdeurs...). Néanmoins, si l'on est prêt à y passer 20 secondes, on remarquera qu'il y a quelques nuances entre ASP et SaaS, que la SSII (ou SSLL ?) Bluenote entre autres résume bien ici : http://www.bluenote-systems.com/faq-crm-sugarcrm/definition-saas-asp-on-demand-signification-difference.html
    Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_en_tant_que_service) y ajoute une différence historique, liée à l'évolution technique du modèle entre ses débuts et aujourd'hui : "La différence entre SaaS et les précédents modèles tels que ASP réside dans le fait que les applications s’appuyant sur ce modèle ont été nativement conçues pour le web. Précédemment, il s’agissait en général d’un front-end web appliqué à des applications traditionnelles."
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